Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates.

Publié le par Isa.L

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates.

Ca y est, je l'ai enfin lu ce roman. Il est temps me direz-vous! Mais moi, j'aime pas les titres à rallonge. J'ai l'impression que le style va être dans le détail, la description à n'en plus finir, et que rien n'avancera dans le fond.

Et puis je suis fâchée avec la "patate" depuis la fac. Ayant eu un parcours littéraire, j'ai du en lire des trucs de toutes époques, de tous genres. Un jour il a fallu que je lise et que j'analyse "La Pomme de Terre " de Francis Ponge, poète du 20eme siècle.

Peler une pomme de terre bouillie de bonne qualité est un plaisir de choix.
Entre le gras du pouce et la pointe du couteau tenu par les autres doigts de la même main, l'on saisit — après l'avoir incisé — par l'une de ses lèvres ce rêche et fin papier que l'on tire à soi pour le détacher de la chair appétissante du tubercule.
L'opération facile laisse, quand on a réussi à la parfaire sans s'y reprendre à trop de fois, une impression de satisfaction indicible.
Le léger bruit que font les tissus en se décollant est doux à l'oreille, et la découverte de la pulpe comestible réjouissante.
Il semble, à reconnaître la perfection du fruit nu, sa différence, sa ressemblance, sa surprise — et la facilité de l'opération — que l'on ait accompli là quelque chose de juste, dès longtemps prévu et souhaité par la nature, que l'on a eu toutefois le mérite d'exaucer.

C'est pourquoi je n'en dirai pas plus, au risque de sembler me satisfaire d'un ouvrage trop simple. Il ne me fallait — en quelques phrases sans effort — que déshabiller mon sujet, en en contournant strictement la forme : la laissant intacte mais polie, brillante et toute prête à subir comme à procurer les délices de sa consom­mation.
...Cet apprivoisement de la pomme de terre par son traitement à l'eau bouillante durant vingt minutes, c'est assez curieux (mais justement tandis que j'écris des pommes de terre cuisent — il est une heure du matin — sur le four­neau devant moi).

Il vaut mieux, m'a-t-on dit, que l'eau soit salée, sévère : pas obligatoire mais c'est mieux.
Une sorte de vacarme se fait entendre, celui des bouillons de l'eau. Elle est en colère, au moins au comble de l'in­quiétude. Elle se déperd furieusement en vapeurs, bave, grille aussitôt, pfutte, tsitte : enfin, très agitée sur ces char­bons ardents.
Mes pommes de terre, plongées là-dedans, sont secouées de soubresauts, bousculées, injuriées, imprégnées jusqu'à la moelle.
Sans doute la colère de l'eau n'est-elle pas à leur pro­pos, mais elles en supportent l'effet — et ne pouvant se déprendre de ce milieu, elles s'en trouvent profondément modifiées (j'allais écrire s'entrouvrent...).
Finalement, elles y sont laissées pour mortes, ou du moins très fatiguées. Si leur forme en réchappe (ce qui n'est pas toujours), elles sont devenues molles, dociles. Toute acidité a disparu de leur pulpe : on leur trouve bon goût.
Leur épiderme s'est aussi rapidement différencié : il faut l'ôter (il n'est plus bon à rien), et le jeter aux ordures...
Reste ce bloc friable et savoureux, — qui prête moins qu'à d'abord vivre, ensuite à philosopher.

In, « Pièces »

Lire, ok, mais analyser!!! Je me souviens qu'avec m'a copine de fac, on en a lu des trucs et on vraiment fait tout ce qu'on a pu . Les élèves ont ri (on avait essayé de voir le côté humoristique de la chose) ou souri (de pitié??) .C'est vrai c'était tellement absurde, et pour nous, tellement sans intérêt, mais le prof nous a écouté jusqu'au bout. Et après notre éloquente performance, il s'est levé, a nommé nos noms et prénoms et a dit: "Mesdemoiselles (...), cela fait 3 ans que l'on se connait, et grâce à cela, je vous met au-dessus de la moyenne:11.

Fin de la séance, on a pu aller se cacher tellement on avait était minable. Bref, la pomme de terre n'est pas encore bien digérée depuis, c'est dire.

Donc, revenons à nos moutons, ce livre ne me tentait pas malgré toute la pub qu'il y a eu autour. Et puis un jour, une copine me dit que c'est un livre qu'il faut lire et ne pas hésiter à l'offrir tellement il est top. A ce point??? Alors ok. Bon elle ne me l'a pas offert mais je l'ai acheté d'occas...

Résumé:

Janvier 1946.Tandis que Londres se relève douloureusement des drames de la Seconde Guerre mondiale, Juliet Ashton, jeune écrivain, compte ses admirateurs par milliers. Parmi eux, un certain Dawsey, habitant de l'île de Guernesey, qui évoque au hasard de son courrier l'existence d'un club de lecture au nom étrange : « Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates »… Passionnée par le destin de cette île coupée du monde, Juliet entame une correspondance intime avec les membres de cette communauté. Et découvre les moyens fantaisistes grâce auxquels ces amis bibliophiles ont résisté à l'invasion et à la tragédie. Jusqu'au jour où, à son tour, elle se rend à Guernesey. Pour Juliet, la page d'un nouveau roman vient de s'ouvrir, peut-être aussi celle d'une nouvelle vie…

Mon avis:

Quelle belle surprise. J'ai finalement bien fait de l'acheter, ce livre!

J'aime beaucoup l'idée que la Littérature puisse être sauveuse de l'humanité, qu'elle puisse rassembler des personnes si différentes mais toutes unies autour d'une même Histoire. L'Histoire que l'on connait dans les grandes lignes, certes mais dont on peut ignorer les détails de ceux qui ont vécu cette période. Mais malgré cette période sombre, le roman reste optimiste et léger.

Publié dans Lire

Commenter cet article